J’ai dans ma patientèle quelques personnes bipolaires qui m’ont indiqué que, depuis quelques semaines, la quétiapine est en rupture de stock dans toutes les pharmacies. La quétiapine est un médicament essentiel dans le traitement de la bipolarité et de la schizophrénie. En clair cela veut dire que des millions de personnes, porteuses de ces maladies, ne peuvent plus se soigner. Il existe bien d’autres médicaments, mais les médecins indiquent que les changements brutaux de médicaments dans ces pathologies présentent des risques, que l’efficacité n’est pas la même et que certains de ces médicaments sont eux-mêmes indisponibles !
L’ANSM (Agence Nationale de Sécurité des Médicaments), sorte de comité Théodule, a émis des recommandations (ça ne coûte rien) et a réuni un certain nombre d’acteurs de la santé pour « échanger sur les perspectives d’approvisionnement ». Bla bla bla, puisque les laboratoires se gardent bien de communiquer sur la situation et la durée prévisible de la pénurie.
Le Pr Antoine Pelissolo, psychiatre, chef de service à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (Val-de-Marne), indique que « La rupture actuelle de quétiapine (Xéroquel) crée une situation inédite et vraiment très problématique. ». Il précise qu’il existe « un risque vital en cas de symptômes suicidaires, les troubles de l’humeur et la schizophrénie étant les deux pathologies les plus en cause dans les morts par suicide. » et a appelé le ministère de la santé à réagir rapidement.
De son côté l’UNAFAM (Union Nationale de Familles et Amis de personnes Malades et/ou handicapées psychiques) a adressé le 5 février dernier une lettre ouverte au ministre de la santé pour l’informer et lui demander une réponse immédiate (vous trouverez la copie de cette lettre à la fin de l’article). Je ne sais pas si le ministre a répondu à cette lettre, mais on ne l’a pas vu dans les médias pour essayer de rassurer les personnes concernées, et en particulier les patients. Il est vrai que ce ministre, insipide, inodore, incolore, dont personne ne connaît le nom, n’est qu’un sous-ministre puisqu’il n’est que ministre délégué, comme si la santé n’avait pas besoin d’un ministère à part entière.
Donc je suis en colère. A cause de l’incompétence des laboratoires préoccupés par leurs bénéfices et de l’incurie gouvernementale, des gens vont mourir (et probablement certains sont déjà morts). Alors qu’on nous explique, à longueur de temps, que grâce à la solidarité européenne nous sommes capables de faire face à tous les événements, et notamment de faire la guerre, nous nous trouvons devant une situation, certes récurrente, dont les conséquences sont extrêmement graves.
Que se passera-t-il si le problème n’est pas résolu rapidement ? Des suicides en cascades peut-être. Il se pourrait aussi que, n’ayant plus rien à perdre, les bipolaires et les schizophrènes de France descendent dans la rue et manifestent sur les ronds-points, comme les "Gilets-jaunes". Je ne le souhaite pas mais ce serait cocasse.
Je n’ai pas pour habitude d’exprimer des points de vue sur des éventements touchants directement la vie du pays, mais il m’a paru important que le plus grand nombre de citoyens soient informés de cette situation car demain ce sera peut-être les diabétiques, les cardiaques ou les cancéreux qui ne pourront plus se soigner.
Ci-dessous, la lettre de l"UNAFAM au ministre de la santé:

